1 mars 2009

ENS : Crise dans la crise / Pour comprendre l’évolution de la situation actuelle (Bulletin #1)

Par Jhon Picard Byron, James Darbouze, Georges Eddy Lucien, Ralph Jean Baptiste, Jétro Rock, etc.


L’ENS est l’unique institution publique dont la vocation est de former les professeurs de l’enseignement secondaire en Haïti. La qualité de l’enseignement dans les écoles de la République dépend donc dans une large mesure de la formation dont bénéficient les étudiants de l’ENS. Aussi, le relèvement du système passe-t-il nécessairement par une modernisation de l’ENS. Voilà pourquoi la crise qui sévit à l’Ecole Normale Supérieure devrait interpeller tous ceux qui se soucient de la formation de nos jeunes, l’avenir du pays. C’est ce que le Conseil de l’Université d’État d’Haïti avait bien compris en décidant, dans l’exercice de ses prérogatives, de nommer un Conseil Intérimaire de Direction chargé, entre autres, d’organiser des élections (fixées normalement tous les trois ans, cependant elles n’ont pas eu lieu depuis 6 ans) et de créer des conditions en vue de la normalisation administrative et académique de l’ENS. Mais, les mesures de clarification administrative, financière et d’évaluation académique prises par le Conseil Intérimaire ont soulevé la colère des anciens dirigeants. Ceux-ci ont profité de l’annonce des dispositions du Rectorat concernant les nouveaux programmes d’enseignement des sciences de base pour provoquer une nouvelle crise dans la crise.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut passer en revue toutes les difficultés qui ont empêché le Conseil Intérimaire de Direction (CID) de l’ENS, composé des professeurs Pierre Lélien DOUYON, Marc EXAVIER et Hector Leconte PIERRE, d’entrer en fonction dès sa nomination, et d’avoir une investiture officielle. Les membres du FRAE (Front de Résistance pour l’Autonomie de l’Ens) avaient bloqué l’accès à l’ENS, et proféré des menaces graves. En effet, des inscriptions du genre « Lakou-a make san! » ont été vues en plusieurs endroits sur les murs de l’ENS. Des responsables de l’administration de l’ENS, partisans inconditionnels de M. CÉNATUS, pas forcément de l’ancien conseil, seraient de connivence avec les membres du FRAE.

La question de la répartition des programmes de sciences de base par le Rectorat devait fournir un prétexte au groupe FRAE pour faire passer Monsieur Bérard CÉNATUS comme le défenseur des étudiants et de l’ENS. Mais l’objectif fondamental consiste à créer une crise dans la crise afin de torpiller les mesures annoncées par le CID, dont un audit comptable financier à l’ENS.

Admettons néanmoins que le mouvement revendicatif relatif aux nouvelles dispositions sur les sciences de base est parti des étudiants de Physique, de Mathématiques et de Sciences naturelles. La cause en est un manque d’informations qui a permis une campagne de désinformation sur la répartition des programmes de sciences de base. C’était un mouvement revendicatif correct et compréhensif, jusqu’à son infiltration par le groupuscule FRAE.

Quid du FRAE ?

Qui est ce groupe ? Comment a-t-il pris naissance? Et qu’est-ce qu’il défend ? Le Front de Résistance pour l’Autonomie de l’ENS (FRAE) est un groupuscule d’étudiants et d’anciens étudiants monté à l’instigation de Bérard Cénatus pour empêcher la normalisation de la situation à l’ENS où les élections n’ont pas eu lieu depuis 6 ans et sa destitution comme membre du Conseil de Direction de l’ENS. Toutes les actions du groupe tendent vers l’objectif unique d’imposer M. CÉNATUS comme l’horizon indépassable de l’ENS. Rappelons que M. Bérard CÉNATUS dirige le Conseil de l’ENS depuis les années 1990. C’est en ce sens qu’on doit comprendre leur notion d’autonomie de l’ENS qui est synonyme de pérennisation de la mainmise de CÉNATUS sur cette entité de l’UEH. Un Czar (Tsar) qui n’aurait de compte à rendre à personne, même pas à l’UEH. Ce groupe n’a jamais ménagé son appui à l’ancien conseil de Direction. Il a commencé à soutenir Bérard CÉNATUS et son conseil de direction de facto quand le Conseil de l’Université a pris la résolution d’écarter le monarque après 19 ans de règne à la faculté, dont à peu près 6 années de pouvoir de facto : deux mandats sans élection (cf. la note de soutien de FRAE à l’ancien conseil de direction).

Cette mise en perspective, permet de comprendre les raisons du virage violent du mouvement. L’objectif principal du FRAE n’est pas la satisfaction des revendications des étudiants mais le blocage de l’École Normale Supérieure. Et, dans cette optique, ils font feu de tout bois. Il a déjà été antérieurement signalé comment ce groupe avait tenté à maintes reprises de bloquer l’ENS dans l’unique but de contrecarrer les tentatives d’une normalisation de sa vie institutionnelle. Sans succès toutefois ! Le bilan des 19 années de règne de CÉNATUS est indéfendable. La question de la création d’une licence en sciences de base devait leur fournir un prétexte. Le mouvement revendicatif des étudiants des départements Physique, Sciences naturelles et Mathématique a paru un bon filon ! Une mine à exploiter au profit de la cause CÉNATUS, même au détriment de la cause des étudiants desdits départements.

Pourquoi le FRAE veut-il bloquer à tout prix l’ENS? Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’autres moyens pour neutraliser le CID (Conseil Intérimaire de Direction) et le mettre sous la coupe réglée de l’ancien conseil de Direction.

Malgré tout ce qu’il a entrepris, le groupe FRAE n’a pas pu empêcher l’entrée en fonction du CID après la destitution de l’ancien conseil de direction de facto. Les étudiants s’étaient soulevés comme un seul homme pour permettre au nouveau conseil de commencer à travailler.

Comme les membres du FRAE n’avaient pas réussi à empêcher son entrée en fonction, ils cherchent maintenant toutes les occasions pour entraver l’action du conseil. Quand le CID a lancé le processus électoral, ils ont été chercher d’autres prétextes. L’Occupation et la MINUSTAH. Cela n’a pas trop duré ! Les Sciences de base ? Cela va jouer ! En effet, la question a été mal abordée par le Rectorat. Bien mieux, à coup de désinformations, ils ont réussi à manipuler les étudiants. Par exemple, le FRAE a diffusé une page de l’avant-projet de loi de Charles Tardieu pour dire que le Rectorat a le projet de démanteler l’ENS. Or, comme ils le savent, cet avant-projet de loi avait été rejeté en bloc par le Conseil de l’Université et la communauté universitaire dans son ensemble. S’ils le savent, pourquoi donc ont-ils fallacieusement utilisé ce document?

Comme cela a été dit plus haut, ce n’est pas la revendication des étudiants qui intéresse ce groupe qui travaille à la solde de l’ancien conseil. Ce qui motive le FRAE c’est la neutralisation des démarches – du Rectorat et du CID – entreprises en vue de la clarification administrative et financière de l’ENS. Qui a peur de la clarification administrative et financière à l’ENS?

Pourquoi veulent-ils installer un climat de terreur à l’ENS soi-disant pour protester contre le Rectorat. Ce que vise le FRAE avec le climat de terreur à l’ENS est clair : bâillonner toute personne capable de questionner la gestion de CÉNATUS.

Les menées des membres du FRAE semblent avoir connu un certain succès. La violence et l’intimidation semblent avoir porté leurs fruits. Les membres du Conseil Intérimaire de Direction (CID), intimidés, se sont laissés faire. Paradoxalement, le Conseil Intérimaire, de concert avec le FRAE, a mis en place le Comité de crise pour discuter des modalités de retour à la normale avec le Rectorat. Certains membres du CETENS (Comité des Etudiants de l’ENS), n’ayant pas compris les manèges du FRAE sont maintenant partie prenante de la mise en application du plan du FRAE.

D’où l’urgence de clarifier la situation à l’ENS !
À suivre Bulletin #2

2 commentaires:

  1. A propos de la crise à l’ENS…
    Du déjà vu!

    C'est curieux comment les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il y a longtemps qu'une réforme urgente de l'UEH presse. Horizon indépassable, dirions-nous, mais que voulez-vous, il y a près de 14 ans, (nous étions en 1995) quand ce diagnostic fut clairement établi que toute refonte de ce système devrait faire face aux "caciquats/fiefs" , dont les tenants résistent au débat d'idées, à la transparence des dossiers (administratifs, académiques et financiers).

    Faut-il qu'un jour que cela cesse! Faut-il un jour que l'UEH devienne un espace académique digne de ce nom! Faut-il enfin que l'université, en Haïti, soit le lieu critique de toute réforme, en commençant par elle-même. Car comment voulez-vous qu'on parle de réforme de la justice et du droit, de notre charte fondamentale quand les lieux de débats intellectuels, par excellence, les évitent, les rejettent et les bloquent? Comment parler de renouvellemnt des élites quand, au sein d'institutions universitaires, les dirigeants demeurent incontestés et à vie? Qui peut parler de démocratie, de règle de droit quand des lieux de formation (et soit dit en passant, de recherche) sont absents de toute norme?

    Cette supercherie a assez duré. Je vois déjà ceux/celles qui disent: Oh encore la politique. Soit! Mais c'est que l'on retrouve ou bien les mêmes acteurs ou les mêmes fauteurs. Avec cela, le temple est bien gardé!

    Bon dimanche à tous/toutes
    Lucie Marie Carmel Paul-Austin

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  2. Anonyme1:15 PM

    "Tuer le père pour prendre sa place", voilà à quoi se résume toute la démarche de M. Byron.

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